Les fondements du lien social (I)
Melike Esma Şahin

Melike Esma Şahin

Reflexion

Les fondements du lien social (I)

14 Eylül 2018 - 20:27

Le processus par lequel un individu devient apte à la vie sociale, et acquiert les normes et valeurs des groupes sociaux dans lesquels il est intégré, est appelé socialisation. La socialisation désigne donc ce processus qui transforme un être biologique en un être pleinement social, qui a adopté (et même incorporé) des normes et des valeurs. En effet, les règles de la vie en société ne sont pas inscrites à la naissance dans l’organisme biologique de l’être humain. Chaque nouvelle génération doit donc apprendre les rôles et les pratiques de la société dans laquelle elle est amenée à vivre. Ainsi les individus intériorisent des modèles, des contraintes, à tel point qu’elles n’apparaissent plus comme telles (par exemple l’usage de la fourchette, des niveaux de parole en France). Ces contraintes finissent par paraître naturelles.

La socialisation est opérée par plusieurs instances : l’école, la famille, le groupe des pairs, les médias. Par exemple, comme dans l’article déjà analysé, la famille inculque à ses enfants un ensemble de règles et de normes importantes pour leur intégration dans la société : des normes linguistiques (savoir parler comme il faut, quand il le faut…), des façons de se tenir (le « maintien », les façons de manger, tout ce que Pierre Bourdieu appelle l’hexis corporelle propre à une classe sociale), des normes de genre qui différencient les rôles masculins et féminins, des normes d’hygiène (savoir être propre, se brosser les dents…), les idées et la morale spécifiques à la société et au groupe d’appartenance : valeurs politiques ou encore religieuses. Tout ce processus, qui commence pendant l’enfance (socialisation primaire) et se poursuit à l’âge adulte (socialisation secondaire) crée donc des liens sociaux qui sont à la fois familiaux, amicaux, amoureux, d’affinité politique, ou de simple sociabilité… bref, des liens horizontaux, auxquels il faut ajouter des liens sociaux verticaux, qui relient un individu à un groupe social. Le lien politique, par exemple, relie les individus à la communauté politique dans laquelle ils exercent leur citoyenneté. Idem pour le lien de subordination hiérarchique à un employeur créé par le contrat de travail.

D’après Emile Durkheim, la société exerce sur ses membres une autorité qui les contraint à devenir (et à rester) conformes aux normes sociales. Ce pouvoir, insensible la plupart du temps, vient de deux phénomènes complémentaires : l’intégration sociale, c’est-à-dire l’intériorisation des valeurs et des normes du groupe par la socialisation, et la régulation sociale, c’est-à-dire le contrôle social exercé par des instances extérieures (police, parents, pairs) et par les individus eux-mêmes (autorégulation de leur propre comportement). L’intégration correspond à l’acceptation, par un groupe social, d’un nouveau membre ; la régulation désigne en revanche le maintien des normes du groupe au sein de ceux qui en font partie. Si les liens sociaux se constituent, et perdurent – autrement dit, s’il y a une certaine solidarité entre les membres d’un groupe social ou d’une société – c’est donc parce que les individus qui composent ces groupes s’emploient à les maintenir. On le remarque en raisonnant sur un contre-exemple : le suicide. Selon Durkheim, le suicide (titre de son ouvrage de 1897) a des causes avant tout sociales, et non psychologiques. Chaque suicide est bien sûr un acte singulier, qui repose sur un cheminement psychologique, mais on peut remarquer des régularités statistiques qui permettent de prouver que les suicides ont un rapport avec la société dont font partie les suicidés.

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